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Editions Wildproject
numéro 9 | 2010
J. BAIRD CALLICOTT ET L'ETHIQUE DE LA TERRE


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La philosophie
de J. Baird Callicott
en 6 mots-clefs


1. Ethique de la terre (land ethic)
Comme toutes les réalités vivantes, les formes de l'éthique humaine évoluent avec les formes d'organisation sociale. Après l'éthique familiale, l'éthique, tribale, puis féodale, puis l'éthique juridique de l'Etat-nation, et l'éthique universelle des droits de l'homme, la nouvelle frontière de l'éthique à l'ère du "village planétaire" sera une éthique qui intégrera le monde non-humain, dont nous provenons, et avec lequel nous sommes solidaires: ce sera une éthique de la terre. L'oeuvre de Callicott consiste à élaborer les contours de cette nouvelle ère de la civilisation. Voici la maxime fondatrice de la land ethic par Aldo Leopold (Almanach d'un comté des sables, 1948) : ' Une chose est juste lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu’elle tend à l’inverse.'

"Du temps de Darwin, les contours d’une éthique universelle des droits de l’homme se dessinaient à peine à l’horizon. Vers la moitié du XXe siècle, lorsque Leopold mûrissait l’idée de land ethic, on commençait à les distinguer plus nettement. Quoi qu’il en soit, Leopold, qu’on a souvent qualifié de prophète, projetait son regard plus loin que ne le faisait Darwin lui-même, en tout cas plus loin que Darwin ne pouvait le faire en l’absence de vision écologique du monde clairement établie."

 

2. Modernité
En prenant acte de la faillite de la disctinction homme/nature, Callicott réfute ce qui fut l'acte de naissance de la modernité occidentale. Sa philosophie nous place donc dans un "après la modernité", qui n'est cependant pas un "postmodernisme", au sens déconstructionnniste du terme. Il parle ainsi d'un "reconstructivisme" postmoderne, qui consiste à refondre l'ensemble des questions philosophique à partir d'une nouvelle conception de la nature.

"Du point de vue philosophique, le XXe siècle est analogue au XVIe. Et l’on est en droit de penser que le XXIe sera analogue au XVIIe. Notre Nicolas Copernic est Albert Einstein. L’un comme l’autre furent des personnages de transition dans la philosophie naturelle occidentale. (...)
Je suis convaincu que bientôt, dans la première moitié du XXIe siècle, ceux qui seront pour nous les équivalents de Descartes et de Newton vont reconstruire un nouveau paradigme scientifique postmoderne convaincant et solide, et qu’une nouvelle vision postmoderne du monde va faire son apparition. (...)
La philosophie postmoderne n’est pas nécessairement déconstructiviste. Toute crise sceptique (et l’effacement du paradigme de la mécanique classique en a ouvert une) peut aussi aboutir à une reconstruction, comme celle que Descartes opposa au scepticisme."

 

3. Nature
Si la modernité a pu se construire sur l'opposition de l'homme (libre) à la nature (régie par des lois nécessaires), c'est au prix d'une réduction de la réalité du monde naturel et vivant à une réalité matérielle atomistique et mécanique. Or les progrès de la science au XXe siècle (en écologie comme en physique) plaident pour l'élaboration d'une nouvelle représentation de la nature, comme système organique d'énergie.

"La vieille conception, mécanique, de la nature, est arrivée à son terme. Nous assistons à la naissance d’une nouvelle conception de la nature, plus organique que mécanique, et qui inclut l’homme comme "un membre et citoyen à part entière de la communauté biotique", selon les mots de Leopold. (...)
Nature sauvage" (wilderness) n’est pas le nom d’une entité naturelle, mais en est une interprétation – un peu comme "jungle" est une interprétation de la forêt tropicale, ou "nègre" une interprétation d’une personne d’origine africaine. La notion de "nature sauvage", que nous devons désormais dépasser, a joué un rôle conceptuel comparable à celui qu’ont pu jouer les mots "jungle" ou "nègre"."

 

4. Energie
Prolongeant l'intuition d'Albert Einstein, Callicott propose de substituer au primat de la matière un primat de l'énergie. La matière, dans ces conditions, n'est qu'un cas particulier de l'énergie, qui devient la substance fondamentale de l'univers, vivant et non-vivant.

"Dans le concept organique de nature de la Nouvelle Écologie, tout comme dans celui qu’implique la Nouvelle Physique, l’énergie semble une réalité plus fondamentale et plus primitive que les objets matériels ou les entités distinctes – c’est-à-dire respectivement les particules élémentaires ou les organismes. Un organisme individuel, de même qu’une particule élémentaire, est, pour ainsi dire, une configuration temporaire, une perturbation locale dans un flux ou un champ d’énergie.  (…)
Si le continuum spatio-temporel de la Relativité généralisée est fléchi ou courbé, alors l’espace-temps doit être lui-même substance et corps. Il ne peut être un réceptacle vide, une scène immatérielle parsemée de morceaux de matière extérieurement liés. Nous pouvons penser que les entités physiques ne sont pas tant dans l’espace et le temps qu’elles ne sont de l’espace et du temps. En d’autres termes, nous pouvons penser que les quanta éphémères (plutôt que des particules existant dans l’espace et le temps), sont comme des nœuds du tissu spatio-temporel. Lorsque l’un de ces nœuds, ou l’une de ces particules, disparaît, le continuum sous-jacent frémit et une vague équivalente d’énergie le fait onduler."

 

5. Economie post-industrielle
Soucieux de tirer de ses convictions métaphysiques une esquisse du monde concret à venir, Callicott identifie l'industrie comme le paradigme de la vision mécaniste du monde. Si le modèle industriel est donc l'emblème d'une vision moderne du monde, qui est désormais derrière nous, quel sera le mode de production emblématique des sociétés écologiques de demain?

"Si l’économie humaine est capable de passer de la production et de la consommation industrielles d’objets matériels, à la production et à la consommation post-industrielles d’information et de services, on peut raisonnablement supposer que cela se fera pour le plus grand bien de l’environnement naturel. Fournir des informations, offrir des services : cela prélève moins de matières premières, cela pollue moins, c’est moins bruyant que la production industrielle. (...)
Le paradigme technologique des systèmes électroniques intégrés est la philosophie naturelle systémique, exactement de la même façon que le paradigme industriel moderne est la mécanique classique. Nous devons par conséquent nous attendre à ce que l’environnement artificiel dans lequel il va s’incorporer soit mieux adapté aux systèmes écologiques naturels que ne le sont les technologies mécaniques de l’époque industrielle. (...)
Le nouveau paradigme technologique qui est en train de naître est donc porteur d’un véritable espoir: nous pourrons peut-être réussir à mettre notre environnement artificiel en harmonie avec l’environnement naturel."

 

6. Philosophie
Pour Callicott, la philosophie de l'écologie constitue une renaissance de la philosophie, qui se retrouve de nouveau - comme aux premiers temps socratiques - en opposition frontale avec les institutions du pouvoir. Par contraste, une grande part de la philosophie universitaire du 20e siècle apparaît comme des jeux intellectuels, politiquement assez inoffensifs, et renforçant finalement les institutions culturelles.

"Le maintien fidèle du statu quo au service de l’ordre établi est une fonction centrale des institutions universitaires. La philosophie académique classique remplit cette fonction en partie par ce que j’appellerais une tactique de diversion: en concentrant les facultés critiques considérables de la philosophie sur des puzzles intellectuels cryptés (comme par exemple les relations référentielles entre mots et objets), éloignés des problèmes communs et pressants du monde réel – des problèmes dont la résolution pourrait entraîner de profonds changements économiques, sociaux et politiques. (…)
Le besoin est aujourd’hui plus grand que jamais pour les philosophes de retrouver leur ancienne fonction – de redéfinir l’image du monde, en réponse à une expérience humaine inéluctablement transformée, et à une marée d’informations et d’idées nouvelles venues des sciences; de chercher de quelle nouvelle façon nous pourrions, nous autres hommes, imaginer notre place et notre rôle dans la nature; et de trouver comment ces grandes nouvelles idées pourraient modifier nos valeurs, en réajustant notre sens du devoir. (…)
Quand le XXIe siècle sera parvenu à maturité, qu’est-ce qui aura succédé à la philosophie analytique et à la phénoménologie? J’ai parié ma vie sur la conviction que la philosophie de l’écologie sera considérée par les futurs historiens comme le berceau de l’effort qui, au XXIe siècle, mettra au jour les implications philosophiques des profonds changements de paradigme réalisés par les sciences au XXe siècle."

 

 

Extraits tirés de l'ouvrage
Ethique de la terre
(Wildproject, 2010)

 






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