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L'écologie profonde

1 | 2008
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à la française?

Les n° 1 à 3 seront prochainement mis en ligne, merci pour votre patience.




Editions Wildproject
numéro 7 | 2010
MIX PRINTANIER : ART ET SCIENCE, VILLE ET NATURE

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sylvie betard jeanne granger


Art, rebut, réserve
Entretien avec Sylvie Bétard et Jeanne Granger,
co-fondatrices de la Réserve des arts

 

 

Qu'est-ce que La Réserve des arts ?

La Réserve des arts souhaite devenir une référence en terme de production artistique dans un premier temps par le biais d’un programme de récupération et de redistribution de matériel pour le secteur culturel.

La Réserve des arts favorise la mise en relation de l’art et de l’écologie dans une perspective de production responsable. A terme, ce sont d’autres services très attendus par le secteur qui verront le jour et qui viendront compléter le programme et offrir en un lieu tous les moyens techniques et humains pour l’accompagnement de la création artistique.

Dans un idéal, La Réserve ouvrira ses portes à la fois au secteur culturel, mais aussi à l’industrie, à la recherche, à l’écologie pour que tous ces secteurs puissent mettre en synergie leurs savoir-faire et leurs expériences. C’est d’ailleurs un des points essentiels de la Charte de production culturelle responsable dont nous sommes à l’initiative (voir ci-dessous).

Un des concepts qui nous sert de référence comme mise en relation de ces secteurs est celui de l’upcyclage, c'est-à-dire une conception de la consommation et la de la production envisagées non plus comme un processus linéaire débouchant sur la destruction, mais comme une boucle.

Alors que le recyclage classique consiste a détruire la matière et, après traitement, à la transformer (souvent en une autre matière), la valorisation par l’upcyclage consiste à une réutilisation après modification ou réparation de la matière.  Il s’agit en réalité d’un processus de recyclage dans lequel les chutes de matériel deviennent de nouveaux produits, la valorisation du matériel pour nous passe par la transformation opérée par l'artiste, le technicien, le régisseur... .

 

Comment est né le projet?

D’une part, nous faisons face dans le secteur culturel à une baisse constante des aides attribuées à la production artistique, au développement des associations, des compagnies de théâtre, de danse. C’est une crise générale du modèle économique de la culture.

Il n’en reste pas moins que beaucoup de moyens sont mis en oeuvre pour la diffusion. On le voit notamment dans les arts visuels: les lieux ne manquent pas.
Or peu d’entre eux ont les moyens budgétaires d’assumer et la diffusion et la production. Les moyens de production doivent se diversifier et proposer des alternatives peu coûteuses et innovantes aux professionnels du secteur culturel.

D’autre part, les enjeux écologiques sont aujourd’hui une donnée essentielle dans la conception et la réalisation de projets toutes disciplines confondues. Nous ne pouvons plus aujourd’hui envisager un projet, une entreprise, un réseau sans le soumettre au bon sens d’un développement soucieux du monde de demain. Nous cherchons à favoriser un processus d’éco-production qui mettent en avant des techniques et des démarches transversales entre les arts, l’industrie et l’écologie.

C’est de ces deux constats qu’est née l’idée de La Réserve des arts.

Jeanne avait de son côté repéré plusieurs modèles entrepreneuriaux à l’étranger et nous cherchions à adapter et à offrir le meilleur de ces expériences en France.

Nous venons toutes les deux du secteur culturel, nous avons travaillé dans diverses associations pour la création, la diffusion, la professionnalisation du secteur. Et toujours le même refrain revient. Le secteur est en crise et par l’upcyclage et l’implication des secteurs industriels, nous pouvons apporter une réponse concrète et responsable.

C’est un vrai problème auquel il faut trouver des solutions urgentes si nous souhaitons que la création artistique en France soit riche et visible à l’étranger.

 

A quel moment avez-vous croisé la route de Frans Krajcberg?

Ce moment là a justement été décisif et déclencheur. Nous sommes venues à l’Espace Krajcberg du Musée du Montparnasse fin 2007 parce que Sylvie continuait ses recherches sur les relations entre art & écologie. Cet espace nous est apparu tout de suite comme un tremplin pour engager des discussions autour des questions environnementales et artistiques. Il est évident que l’oeuvre de Frans Krajcberg, si engagée et exemplaire dans sa continuité, nous a touchées.

Mais nous cherchions aussi à montrer les artistes contemporains, héritiers indirects ou non de Krajcberg. nous cherchions dans notre génération: la relève des artistes qui posent des questions de leur temps et y apportent des éléments de réponse pertinents.

Du haut de nos 30 ans à peine atteints, nous découvrons alors une oeuvre vieille de 30 ans, méconnue et très mal reçue à l’époque.

La non-diffusion du Manifeste du Naturalisme intégral en est la preuve.

Aujourd’hui, ce texte prend tout son sens et relance une conscience et un engagement fortement ancrés. Il est important que les énergies se rejoignent autour d’un tel texte pour le faire reconnaître et le diffuser comme il aurait dû l’être à l’époque. Il nous semblait pertinent qu’en France, Krajcberg et ses contemporains soient nos parrains dans notre mission de relier la pratique artistique et l’engagement écologique.

Krajcberg et le Manifeste sont à la l’origine spirituelle de La Réserve des arts et de la Charte de production culturelle responsable.

 

Du Manifeste de Krajcberg et Restany à la Charte de la Réserve des arts, quelles sont les notions clefs?

Le Manifeste est un point de départ intellectuel pour l’artiste ou l’homme désireux de renouveler son rapport au beau, au vrai, au juste; que la Charte tente de compléter par une vision pratique, appliquée.

Cet engagement consiste à appliquer une prise de conscience par des actions responsables sur:
-l’impact de l’activité de l’homme sur l’environnement
-la place fondamentale de l’art dans cette ré-évolution du sensible par rapport à la part de nature en nous et autour de nous
-revendiquer, généréaliser et mettre en pratique la notion de naturalisme intégral.

 

 

 

 

 

CHARTE DE LA RESERVE DES ARTS  

 

LES ORIGINES

Depuis son arrivée au Brésil, l’artiste Frans Krajcberg prend la forêt pour atelier. Sur les sols calcinés des futures terres agricoles qui ravagent l’Amazonie, il récupère les bois brûlés pour en faire des sculptures. La nature, même en proie à la destruction sauvage, demeure pour lui source infinie de création.

La Réserve des arts est née dans la ville, qui, comme la forêt, produit rebuts, déchets et autres matériaux en abondance. Aux nutriments biologiques de la forêt correspondent les nutriments techniques de la ville.  La Réserve des arts  cherche à mettre ces matériaux à disposition des artistes, à la fois pour permettre au monde de rester l’atelier inépuisable de la création, et pour promouvoir une pratique artistique responsable, soucieuse de préserver l’environnement dans sa globalité, ville et forêt réunies.

La Réserve des arts est née en pleine révolution écologique, et souhaite faire bénéficier le secteur culturel des avancées considérables du recyclage. La récupération et la réutilisation de matériel  s’impose comme une évidence pour enrichir la production artistique. La Réserve des arts veut ouvrir la  jungle urbaine aux artistes et créateurs de toutes disciplines qui, comme Krajcberg, se sentent prêts à  en faire leur atelier.

 

LES OBJECTIFS

La Réserve des arts a pour mission d’accompagner les professionnels du secteur culturel dans le processus de conception et de réalisation, afin de réduire l'impact de leur activité artistique sur l'environnement. L’objectif est donc de favoriser une « éco production » des œuvres artistiques, en proposant à la fois des techniques et des matériaux issus du recyclage.

La Charte de production culturelle responsable établit la liste des grands principes de l’éco production artistique. Elle doit assurer que la production artistique est responsable dans toutes les étapes de sa mise en oeuvre: de sa conception à sa réalisation artistique, technique et logistique, en conviant à chaque étape les spécialistes nécessaires et en valorisant le savoir-faire du secteur culturel. Il s’agit d’impliquer tous les secteurs (public et privé), y compris celui de la culture, dans le processus de ré-utilisation.

Ce texte est destiné à évoluer en fonction de la participation des acteurs des différentes disciplines qui désirent s'en emparer et y intégrer des amendements qui prennent en compte les spécificités techniques de leur domaine d’activité. A travers l’échange d’expériences, et de savoirs techniques, des protocoles expérimentaux pourront se mettre en place, et des directives communes pourront s’élaborer.

L’objectif n’est donc en aucun cas d’intervenir sur le contenu artistique des œuvres, mais bien d’en faciliter une production respectueuse et responsable.

 

Charte de production culturelle responsable

1 RÉUTILISER

La réduction des déchets est primordiale et elle peut être endiguée en développant le réemploi et le recyclage afin :
d’optimiser l’utilisation des objets
d’imaginer leur réutilisation
de récupérer des matériaux soumis au  système de recyclage traditionnel, en les valorisant par le savoir-faire artistique

 

2 SOURCER

La réutilisation passe avant tout par un repérage et une identification des sources de matériel. Il peut s’agir :
de rebuts
d’un stock mort, soit du matériel non exploité
de déchets issus du processus de fabrication industrielle

 

3 DIVERSIFIER

Les types de matériaux que l’on peut trouver sont très variés :
m atériau brut (bois, sable... )
matériau semi-transformé (plastique, planche, plâtre, ..)
produits finis (boutons, paillettes, peinture, colle...)

 

4 ENCOURAGER

L’activité artistique est un processus de recherche expérimentale pour parvenir à la transformation du matériau. La promotion de ce savoir-faire participe au développement du secteur et à l’innovation technique.

 

5 COLLABORER

Il est important de fédérer les savoirs et les besoins de toutes les disciplines artistiques (arts visuels, spectacle vivant, cinéma, musique) avec les domaines techniques et scientifiques (architecture, design, science et industrie).

 

6 PRÉVENIR

Sur l’existence des matériaux toxiques, leurs conséquences sur les usagers et les alternatives disponibles.

 

7 SENSIBILISER

Promouvoir et diffuser les principes de fonctionnement de l’éco-conception, qui permet de réduire les impacts négatifs des productions humaines sur l’environnement, et sur l’ensemble du cycle de vie tout en conservant leurs qualités d’usage.







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