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Les n° 1 à 3 seront prochainement mis en ligne, merci pour votre patience.




Editions Wildproject
numéro 4 | 2009
ONDES DU MONDE :
TERRITOIRES SONORES DE L'ECOLOGIE

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Phases de la lune


Les nuits de la Phaune :
la vie nocturne de Radio Grenouille

Entretien avec Floriane Pochon et Amélie Agut



Depuis septembre 2008, lors des nuits de pleine lune et de lune noire, la radio culturelle marseillaise Radio Grenouille invite à approfondir l'obscurité en replongeant dans la musique primitive de la vie animale.

Voix de mammifères, sons d'Homo sapiens, crissements sous-marins, glouglous terrestres, cris des éléments, musique concrète, textes lus, chansons d'hier et d'aujourd'hui, vrais et faux flashes d'informations : à partir d'un matériau résolument hétéroclite - et en partie fabriqué sur place à Euphonia, le studio de création sonore de Radio Grenouille -, Floriane Pochon et Amélie Agut, en complicité avec Tony Regnauld, proposent deux fois par mois un gigantesque collage sonore qui bouscule les frontières entre humain et non humain, nature et politique, parole et cri, chuchotement et hululement, coassement et croassement, vie diurne et nocturne, musique et bruit.

Insectes, oiseaux de nuit, batraciens, poulpes et poissons, à partir d'un thème générique relié aux un type de sons animaux, elles tissent, cassent, coupent, détournent, enroulent, agglutinent, mixent, touillent dans leur chaudron sonore d'où émane une épaisse potion grumeleuse et fumante.




Nuits de la Phaune #5

 

Comment sont nées les nuits de la Phaune?

Les Nuits de la Phaune, c’est avant tout le plaisir d’une expérience d’écoute que nous avions envie de transmettre, de partager et de provoquer.

Soit en premier lieu, une expérience d’écoute nocturne : polymorphe, ouverte, disponible et affranchie des formes d’hystérie médiatique que l’on ne remarque plus qu’en éteignant la radio. Une forme d’"écoute sauvage", en prise plus directe avec l’animalité et ses univers sonores.

Ces rendez-vous lors des syzygies (nouvelles et pleines lunes) permettent également de jouer sur des représentations à la fois populaires et scientifiques où cycles humains et rythmes naturels sont mis en équation.

"Une forme d’'écoute sauvage',
en prise plus directe avec l’animalité
et ses univers sonores."

Par ailleurs, en radio la nuit, il se joue quelque chose de plus personnel, lié à des présence absentes, des absences présentes, quelque chose de l’ordre du jeu entre pensée magique et parole humaine, entre vécu intime et ressenti collectif.

 

Aurore boréale

 

 

Dans quelle mesure ce projet est-il un projet radiophonique?

Nous avons conçu les Nuits de la Phaune comme un immense terrain de jeu et commencé à rêver notre radio idéale. Puisqu’il n’existait pas de programme spécifique après minuit à l’antenne de Radio Grenouille, nous avons investi cet espace en friche, de façon intuitive, dans un élan de jubilation et une synergie assez inédite, sans vraiment chercher à démontrer quelque chose de précis. Sinon inventer du temps, du temps d’écoute, sorte de stretching temporel pour construire un parcours thématique de 6 heures, entre des propositions très populaires et d’autres plus expérimentales.

"Inventer du temps,
du temps d’écoute,
sorte de stretching temporel
pour construire
un parcours thématique
de 6 heures."

Pour cela, nous puisons dans nos ressources personnelles comme dans nos références communes telles que les radios américaines WFMU et Shirley& Spinoza, les archives Prelinger et UBUweb, les webradios de création Silenceradio et Arteradio, les blogs d’inspiration audionaturaliste tels que Sonatura, Kalerne, etc.

Une façon d’exploiter au maximum les potentialités du web pour travailler très librement, collaborer avec des personnes à distance et réellement opérer des choix exigeants dans une matière abondante. Une matière que l’on métisse, parfois avec une pointe de malice ou d’insolence, en jouant sur tous les contrepoints possibles : le discours scientifique, des artistes très honorables, parfois puristes, peuvent côtoyer le mauvais goût, même si nous respectons leurs oeuvres et leurs propos.

 

Cerf en rut

 

Entre création radiophonique et art sonore, où situez-vous les Nuits de la Phaune?

Il nous importe de rendre sensibles les continuités naturelles, les héritages inconscients entre des formes et des formats très hétéroclites. Du paysage sonore aux différentes esthétiques musicales, du sample de films à la poésie brute, en passant par des mix, des textes absurdes ou des articles de fond mis en ondes, prises de sons naturels, collages, mash-ups, détournements et autres curiosités sonores, il y a un monde ; celui où la radio peut se permettre d’être un kaléidoscope halluciné et invisible, un mélange des genres totalement décomplexé.

Même si les différents éléments sont autonomes, les 6 heures de chaque nuit sont pensées comme un tout, un peu à la manière des flip books où chaque image fait sens, mais où seul le mouvement, la mise en relation, donne vie.

"Un kaléidoscope halluciné et invisible, un mélange des genres
totalement décomplexé."

Il nous semble d’ailleurs peu pertinent de tracer des frontières génériques entre art sonore, vulgarisation scientifique, ou compositions musicales. D’ailleurs, ce décloisonnement des genres et des formes reste cohérent avec notre objet de recherche initial, cette exploration, par l’imaginaire, du monde animal et ses environnements.

 

Flip book de la comète (c) Pacific Science Center 1985

 

Les Nuits de la Phaune, c'est de l'écologie sonore?

Cette sorte d’éveil où nous re-découvrons la nature profonde des liens entre humain et animal demande du temps. Les Nuits de la Phaune laissent la possibilité d’entrer pleinement dans un phénomène sonore naturel (lac gelé, aurores boréales, champs magnétiques…) ou un langage (stridulations d’insectes, chants de baleines, cerf en rut…) même détourné de ses fonctions premières de communication. Et si la re-création l’emporte sur le projet mimétique, on essaie de ne pas le réduire non plus à des fonctions esthétiques purement décoratives.

Sans céder aux amalgames ni à des projections anthropomorphiques faciles, il s’agit bien de saisir les connexions entre animal et humain, celles qui favorisent une complicité et une fascination réciproques : une sorte de « pense-bête » pour mieux comprendre et donc repenser avec une plus grande acuité notre propre place dans le monde.

"Une sorte de 'pense-bête'
pour mieux comprendre
et donc repenser
avec une plus grande acuité
notre propre place dans le monde."

Soit un processus de transformation de nos manières d’écouter - proche de la notion « d’écoute plastique » de Peter Szendy - et donc de concevoir des objets radiophoniques.

Cette possibilité de modifier tous les contours répond d’ailleurs au désir d’entendre la radio s’ouvrir sur des perspectives inconnues, y compris de nous-mêmes.

En cela, les Nuits de la Phaune sont un projet toujours éphémère, parcouru de devenirs qui nous échappent, presque une TAZ (Zone autonome temporaire) tel qu’a pu le penser Hakim Bey, qui permet potentiellement la création de nouvelles lignes de fuites. Ces irrigations permettront peut-être de déborder la somme des possibles retenus par la radio telle qu’on l’entend aujourd’hui sur les bandes fm. Les Nuits de la Phaune se construisent justement à partir de la confiance en leur capacité à se transformer et se régénérer, à partir de leurs fragilités. Après tout la meilleure chose qui puisse leur arriver, c’est qu’elles aient « fait » leur temps.

 

Propos de Floriane Pochon et Amélie Agut
recueillis par Wildproject, 2009

 

 

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# 1. Hululements, ronronnements, feulements, croassements, nature & découvertes musicales
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# 2. Bruits de fonds et remise en forme aquatique
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# 3 Stridulations, bourdonnements, craquètements, vrombissements, du fragment sonore aux nuées musicales
phaune4
# 4 Une nuit dédiée aux grand nord, aux musiques venues des contrées où l’on frissonne, aux bises du nord, aux ours, aux loups et aux bêtes à poils longs.
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# 5 Conversation au sommet avec des singes savants et leurs cousins dégénérés, théorie de l’évolution musicale et acrobaties sonores sur la planète des marmousets, bonobos, chimpanzés et autres habitants des forêts tropicales.



LES NUITS DE PLEINE LUNE ET DE LUNE NOIRE
Ecouter les Nuits de la Phaune
sur Radio Grenouille







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