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Editions Wildproject
numéro 12 | 2012
Y A-T-IL DU SACRÉ DANS LA NATURE ?

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Déesse Sequana, par Auban. (Dans la mythologie celtique gauloise, Sequana était une déesse de la Seine, particulièrement des sources de la rivière, et de la tribu gauloise des Séquanes.) D.R.

Une expérience spirituelle de la nature ? 

Article de Jean-Philippe Pierron (extrait)

 

Agrégé et docteur en philosophie, Jean-Philippe Pierron est maître de conférences à l'université Jean-Moulin Lyon 3. Il est l'auteur de nombreux ouvrages d'éthique, et a récemment coordonné avec Marie-Hélène Parizeau Repenser la nature: Dialogue philosophique Europe Asie Amériques (Presses de Laval, 2012).

 

La crise environnementale, outre une signification morale, engage un redéploiement symbolique radical. Elle exige de repenser, alors qu’il a été unidimensionnalisé par la mathématisation du monde, l’épaisse texture de l’univers symbolique au sein duquel l’homme occidental a appris à penser et vivre ses relations à la nature. Notre modernité tardive redéploie ses relations homme-nature dans une nouvelle métamorphose du sacré. A l’apparition du sacré cosmique dans les hiérophanies, puis sa disparition dans un monde rendu apophanique par sa mathématisation ouvert à l’empire du manipulable, se vit une réapparition singulière, de ce que signifie pour nous la Terre. Certes l’universelle mathématisation du monde, ramenant l’expression symbolique de la nature à la seule formalisation logique, triomphe de facto à l’échelle globale. Mais sous cette dernière se cherche un nouvel universel symbolique capable de pluridimensionnaliser et d’enrichir l’expérience de ce que signifie « être humain sur la Terre ». Le mot sacré en est, maladroitement, le point de cristallisation. […]

Mère, Horloge ou Carrière sont des modélisations. Aujourd’hui, le modèle « Terre » sert une nouvelle modélisation symbolique, non dans l’exaltation idolâtre d’une idéologie du sol (« La terre ne ment pas » de Pétain), mais dans la portée expressive de notre ancrage charnel. Se comprendre comme étant de la nature articule à nouveaux frais une expérience phénoménologique – faire corps avec la chair du monde (« La Terre, c’est le nom mythique de notre ancrage corporel dans le monde » dit Ricoeur) – et un déchiffrement herméneutique de la signification culturelle accordée à cette épreuve. Refusant la réduction du symbolisme à une signalétique dans l’interprétation physicomathématique du monde, la poétique de la Terre engagera une anthropologie relationnelle : donner à penser les relations mutuelles de l’homme avec les hommes, les non-humains et les milieux ; déchiffrer le sens de cet Autre qu’est la Terre dans une ontologie relationnelle ne cessant d’épeler le fond d’opacité qu’elle est pour nous. […]

"La Terre, c’est le nom mythique
de notre ancrage corporel
dans le monde" (Paul Ricoeur)

Prenons l’exemple de l’eau, haut lieu des hiérophanies si l’on pense aux sources sacrées, aux cultes rendus aux déesses des fleuves ou des rivières dans les religions traditionnelles. Pour nous, l’eau désacralisée est devenue l’eau pure du chimiste H2O ; sécularisée comme eau potable ou eau usée. […]. Or, sous les traditions culturelles fatiguées, […] il suffit d’une attention phénoménologique pour que la poétique de l’eau – laquelle n’est jamais l’eau en général mais tel point d’eau, telle source ou rivière – se présente comme donatrice de significations à la portée originaire ou archaïque. Elle est le point de condensation entre le plus singulier et le plus universel : « l’immensité intime » d’un paysage ou d’une source ; le « détail immense » qu’est la fraicheur d’une fontaine. […] Notre moment écologique, entendu comme moment spirituel, élabore le retentissement poétique, onirique, esthétique qu’il convient de donner à ce symbolisme. Ce sera égal de dire ici que l’eau est une manifestation du sacré ou de dire qu’elle signifie la pureté ou la purification, la dimension létale des eaux dormantes et la dimension vitale des sources ; la douceur, la rénovation, la puissance fécondante.

En somme, notre moment écologique a ceci de singulier qu’il se concentre sur l’originaire donné dans l’expressivité cosmique de la nature (du jardin à la marche, de la méditation à l’admiration), mais au sein d’une culture qui a appris à s’en distancier par une logique du comprendre et du prendre, dans une civilisation technologique se coupant des racines cosmiques du symbolisme. »


 

 



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