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Y a-t-il du sacré
dans la nature?


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Les n° 1 à 3 seront prochainement mis en ligne, merci pour votre patience.




Editions Wildproject
numéro 12 | 2012
Y A-T-IL DU SACRÉ DANS LA NATURE ?

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Péage à l'entrée d'une parc national américain (Hawaï). Photographie Donald B. Macgowan. D.R.

Nature maîtrisée,
nature méprisée

Article de Jean-Claude Génot  (extrait)

 

Jean-Claude Génot est ingénieur écologue, chargé de la protection de la nature au Syndicat de Coopération pour le Parc naturel régional des Vosges du Nord. Il a publié récemment Vivre avec le lynx et La nature malade de la gestion.

 

En conservant des paysages agropastoraux traditionnels, les protecteurs de la nature ont voulu réconcilier la nature et l’homme, en faisant de ce dernier le grand jardinier de la Terre. Mais ils ont ainsi abandonné le principe de laisser faire la nature et ses processus dynamiques dans les parcs nationaux et les réserves naturelles. Ce qui devrait paraître évident dans un site dédié à la nature, comprise comme ce qui se développe en dehors de notre volonté, paraît aujourd’hui incongru tant l’interventionnisme dans la nature protégée est la norme. La gestion conservatoire n’est pas qu’une question de science mais d’entreprise avec des postes, des contrats et du matériel. Elle vise à maintenir des stades pionniers et à bloquer la dynamique naturelle de la végétation. Elle se fonde sur un présupposé scientifiquement faux, à savoir la prétendue supériorité des milieux ouverts en matière de biodiversité. En créant des structures verticales, la dynamique naturelle complexifie et diversifie la vie là où l’homme la simplifie et l’appauvrit en intervenant pour rajeunir les écosystèmes. […] Cette gestion technique est devenue un dogme et conduit à se demander si la nature protégée est encore naturelle. Du moins, elle donne raison à Robert Hainard qui affirmait en 1967 : « on ne voit pas comment la protection de la nature évitera de se résorber dans la culture, l’élevage et le jardinage ». Cette gestion est une forme de domestication de la nature qui donne la fausse impression que la nature a besoin de l’homme. Elle applique des méthodes et un langage copié de celui de l’entreprise avec des indicateurs, des objectifs chiffrés, une comptabilité patrimoniale, des évaluations, des contrats d’objectif, renforçant ainsi la vision technicienne de la nature.

La gestion actuelle se fonde sur un présupposé scientifiquement faux:
la prétendue supériorité des milieux ouverts en matière de biodiversité.

Si l’homme n’avait pas si peur de la nature et si elle ne lui rappelait pas à ce point sa fin inéluctable, il y aurait plus de cas où le gestionnaire de la biodiversité choisirait de ne rien faire et de laisser la nature en libre évolution. Hélas tout un pan de la nature est méprisé par une grande partie de notre société, bois mort, friches, eaux croupissantes, marécages, espèces invasives. De plus, cela flatte l’orgueil de l’homme de croire qu’il est indispensable à la bonne marche de la nature. […]

Comment sortir l’homme du contrôle totalitaire qu’il exerce sur la nature? […] la première chose à faire est de redonner de la valeur à « l’inaction », du moins à ce que la majorité des gens voient comme tel. Comme le dit Gilles Clément, il faut « instruire l’esprit du non-faire comme on instruit celui du faire ». Observer, étudier, regarder, suivre, découvrir et comprendre sont des actions tout aussi fondamentales, pour un protecteur de la nature, que sauver la biodiversité à tout prix à grand renfort d’interventions diverses et variées. Il faut ensuite redonner sa vraie valeur au temps car le gestionnaire a la montre et la nature a le temps. […]

Entre nature méprisée et nature maîtrisée, le choix d’une nature respectée reste possible. Pour les aménageurs, la nature est un objet à façonner. Pour les gestionnaires de la biodiversité, transformés de protecteurs en producteurs de la nature, la nature est un faire-valoir et un objet technique qui ne laisse pas de place à l’improvisation. Les défenseurs de la naturalité optent pour une vision dynamique et évolutionniste de la nature avec tout ce qu’elle peut avoir d’aléatoire. C’est une approche sensible qui ne sacralise pas la nature mais qui insiste sur le lien vital que nous avons avec elle. La nature n’est pas une affaire de raison mais une affaire de cœur.

 

 



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