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dans la nature?


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Les n° 1 à 3 seront prochainement mis en ligne, merci pour votre patience.




Editions Wildproject
numéro 12 | 2012
Y A-T-IL DU SACRÉ DANS LA NATURE ?

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Paul Gauguin, Cheval blanc dans une rivière, 1905, huile sur toile 140 x 91,5, Paris, musée d'Orsay.

Le don de la nature,
dévoilement ambigu du sacré

Article d'Alain Cugno  (extrait)

 

Alain Cugno, né en 1942, est un philosophe français, ancien élève de l'ENS de Saint-Cloud et docteur d'État. Il a longtemps enseigné la philosophie en khâgne, au lycée Lakanal (Sceaux). Il est l'auteur, notamment de L'Existence du mal et de La Blessure amoureuse.

 

La nature est d’abord manifestation, fait de se montrer, comme ça, gratuitement. Il ne fallait pas, dit Jacques Dewitte, qu’il y ait des ours blancs ou des tigres – mais il y en a – et quelle merveille, qu’il y en ait ! Il y a des fougères et des crustacés – et cet il y a ne renvoie à rien d’autre qu’à la gratuité d’une présence sans arrière fond. La manifestation n’est pas simplement que, selon la formule de Leibniz, « il y ait quelque chose plutôt que rien ». Elle signifie que tout ce qui est se montre, se redouble dans l’exposition de soi-même, quand bien même il n’y aurait pas de spectateur conscient. Cela appartient à la nature, fait partie de son essence. Par là elle se révèle liée à l’être même, elle est ontologique et pas seulement physique.

Une visibilité sans spectateur : ce qui est de soi visible mais n’est vu par personne s’extasie dans sa propre visibilité, se donne donc comme s’il se voyait soi-même. Ce qui se voit soi-même, mais pourtant demeure inconscient, ou à la limite de la conscience, telle pourrait être en dernier ressort la phénoménologie propre de la nature, ce qui inscrit sa beauté dans son essence même – tant il est vrai que la beauté, à commencer par la beauté d’un visage, est la visibilité de cette chose si émouvante : l’extériorité non sue d’une intelligence. Mais entendre ce qui s’entend soi-même ou voir ce qui se voit soi-même – ce sont des formules qui peuvent aussi bien désigner notre rapport à l’animal ou à la plante qu’à l’œuvre d’art comme telle. Une manifestation qui se déploie indépendamment du regard humain – et qui pourtant l’appelle de tout son être. Une pure invitation, une convocation des humains à entendre et voir ce qui se manifeste en leur absence même. Il devient alors possible de dire, d’une manière fort proche de saint Augustin, que les êtres de la nature sont créés mais subsistent en l’absence et, pourrait-on dire, par l’absence de leur créateur, exactement comme les œuvres n’accèdent à leur statut d’œuvres que si elles peuvent subsister indépendamment de leur auteur, comme si elles se portaient elle-même à l’existence en manifestant un savoir qui passe tout savoir sur elles – celui de leur auteur compris.

Nous n'avons rien
d'autre à nous dire
que le monde.

La nature n’est donc ni sacrée, ni profane. Elle n’est pas non plus l’étrangeté par rapport aux humains – elle n’est pour eux ni séparation ni inclusion. On pense à Schelling : la nature est l’esprit visible, et l’esprit la nature invisible. La nature déploie visiblement le contenu de ce que l’esprit pense invisiblement. Si la parole est la manifestation propre de l’esprit, alors il faut dire que, comme les œuvres d’art, mais originairement, la nature donne le contenu de tout langage, sans le langage. Nous n’avons rien d’autre à nous dire que le monde.

 




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