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Les n° 1 à 3 seront prochainement mis en ligne, merci pour votre patience.




Editions Wildproject
numéro 10 | 2011
GR2013 : PENSER AVEC LES PIEDS


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Œuf de dinosaure découvert à Rognac, près de Marseille, par Philippe Matheron en 1869 (Muséum de Marseille).

 

Les lézards géants de l'ère industrielle
Un texte de Christine Breton, conservateur du patrimoine

 

Conservateur du patrimoine dans les quartiers Nord de Marseille (15e et 16e arrondissements), Christine Breton en est venue à croiser son intérêt pour l'histoire industrielle et pour la vie préhistorique de ces territoires. Philippe Matheron (1807-1899) est l'une des figures qui incarnent ce croisement.

Chargé de cours de paléontologie, agent voyer en chef des Bouches-du-Rhône et géologue, Philippe Matheron a contribué à l'édification de la gare Saint Charles de Marseille, et conçu la notion de "fossile type" ou de "fossile stratigraphique". Le jeune Marseillais autodidacte, qui avait commencé une collection de fossiles à 18 ans, est devenu une des figures de la géologie française du 19e siècle.

C’est en France qu’eurent lieu les premières découvertes d’œufs de dinosaures. Des coquilles trouvées dans le Crétacé supérieur de l’Ariège furent signalées dès 1859 par l’Abbé Pouech, et dix ans plus tard, Philippe Matheron décrivait un œuf trouvé à Rognac, près de Marseille. Mais la signification réelle des ces œufs demeura longtemps incertaine, et ce n’est qu’au XXe siècle qu’ils furent clairement identifiés comme ayant été pondus par des dinosaures.

 


Philippe Matheron (1807-1899).
"Philippe Matheron et le tunnel de la Nerthe
sont les fondateurs de la dinosauro-mania."
(Christine Breton)

 

Du 9 au 17 octobre 1864, la Société géologique de France est réunie à Marseille. Ne croyez pas que ses membres vont rester enfermer en colloque. Ces messieurs et ces dames en chapeaux, cannes, chaussures et marteaux à la main partent chaque jour dans des courses ou excursions à pied vers Fuveau, Cassis, les Martigues, le long des 24 puits du tunnel de la Nerthe à travers les ronces ou les tufs du ravin de La Viste. Une extraordinaire réunion itinérante de sept jours.

Un parcours les mène de Marseille à Roquefavour et retour via Aix. Ils prennent le train jusqu'à l'Estaque et tracent droit à la surface du tunnel du chemin de fer que Talabot vient de livrer il y a juste 16 ans. Tout en marchant  dans la guarrigue la Société suit  la trace sous-terraine de Philippe Matheron. Géologue et agent voyer, sous le massif de la Nerthe, du piémont de l'Estaque à celui de Gignac, il avait accompagné les travaux de percement du tunnel. Dans l'obscurité et le bruit des machines, Philippe Matheron avait relevé et daté toutes les couches géologiques de la coupe industrielle traversant  le massif. En dessinant quotidiennement les fossiles rencontrés durant les quatre années de percement et ses 4638 mètres, il réalisait la plus longue coupe paléontologique connue. La Société a pu voir son relevé dessiné de 25 métres de long aujourd'hui disparu. Sur ses feuilles et sur les collines il continue d'interroger  devant eux "les os d'un saurien de taille colossale" le Rhabdodon priscus et les oeufs fossiles de dinosaures alors inconnus.

 


Ossements du dinosaure de Rhabdodon priscus (dessin Philippe Matheron).

 

Matheron et le tunnel sont les fondateurs de la dinosauro-mania actuelle.

Sur le piémont de Gignac il révèle ainsi de façon fulgurante la plus impressionnante échelle de temps qu'il soit en Provence du crétacé inférieur aux celtes de l'oppidum de la Cloche juste au dessus. Sur le piémont de l'Estaque, dans les argiles rouges, il avait montré des fossiles comme le maxillaire du Rhinoceros minutus.

Ils vont ainsi à pieds jusqu'au site de Roquefavour puis retour par Aix et nous marchons dans leurs pas. En préparant le GR nous côtoyons les fantômes et pouvons croiser  cet immense découvreur qu'est Matheron ! La construction du GR2013 est peut-être l'équivalent industrieux du Tunnel du 19e siècle et les grands animaux en sortirons. Est ce aussi cela notre rôle collectif sur chaque segment ?

La Société suit également G. de Saporta et se retrouve dans le ravin de La Viste, sur le site de découverte de l'Elephas antiquus.

Le bulletin, édité annuellement par la Société, permet de garder la trace écrite de ces marches faites il y a 150 ans. La seconde série qui va de 1844 à 1872 nous offre au tome 21, page 495, le compte rendus suivant :

"Séance du 15 octobre 1864. M. de Saporta présente quelques observations au sujet des travertins quaternaires qui couronnent les hauteurs de la Viste...Cette végétation (fossile), antérieure de fort peu à la nôtre, a servi d'abri aux grands pachydermes de l'époque quaternaire, et peut-être a-t-elle même offert un asile à cette humanité primitive dont les traces ont été retrouvées dans le diluvium des bords de la Somme."

Ainsi se trouve confirmée l'hypothèse que défend aujourd'hui E. Bonifay du rapport de ces tufs avec les premiers établissements humains du paléolitique inférieur et leur outils. Ce qui fait encore descendre la présence de l'homme dans le temps de Marseille. Un peu plus loin le texte va confirmer une autre hypothèse :

"C'est dans la partie tufacée caverneuse, au milieu d'un riche mélange de feuille dicotylédones, dans le quartier des Aygalades et à trés peu de distance du point où s'est arrêtée le Société, qu'ont été découvertes, il y a quelques années, plusieurs dents de l'Elephas antiquus couchées les unes prés des autres et provenant sans doute de l'ensevelissement sur place d'un animal tout entier. La présence de M. de Saporta sur les lieux peu de temps aprés la découverte, lui permit de vérifier le gisement et d'obtenir, quoique avec peine, du propriétaire, la communication d'une de ces dents, qui a été moulée et examinée par MM. Lartet et Falconer, qui tous les deux n'ont pas hésité à y reconnaître l'Elephas antiquus."

 G. de Saporta est à l'origine du moulage qui a permis de trouver le type de cet animal fossil et lui donner un nom.  De retour de chez Falconer le moulage a été  offert à Matheron qui en fait le premier numéro de sa collection. Cette collection a été donnée au Museum d'histoire naturelle de Marseille qu'il reste à arpenter pour retrouver cette dent de plâtre aujourd'hui disparue.

Christine Breton, Noël 2010,
cadeau de marche au collectif du GR2013

 

 

Ce texte est extrait de de :
Christine Breton et Hervé Paraponaris, Au Ravin de la Viste
éditions Commune, janvier 2011
(premier titre de la collection "Récits d'hospitalité de l'Hôtel du Nord"



Site des éditions Commune

Le projet Hotel du Nord

 







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