Editions Wildproject
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12 | 2012
Y a-t-il du sacré
dans la nature?


11 | 2011
L'Orient de l'écologie

10 | 2011
Penser avec les pieds

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J. Baird Callicott
et l'éthique de la terre


8 | 2010
Arne Naess, une figure
contemporaine de la sagesse


7 | 2010
Mix printanier

6 | 2009
L'âge écologique de la culture

5 | 2009
La naissance de l'écologie

4 | 2009
Ondes du monde : territoires
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3 | 2009
Nature urbaine

2 | 2008
L'écologie profonde

1 | 2008
Une éthique environnementale
à la française?

Les n° 1 à 3 seront prochainement mis en ligne, merci pour votre patience.




Editions Wildproject
numéro 10 | 2011
GR2013 : PENSER AVEC LES PIEDS


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Pierre Madelin en bivouac en Argentine.

 

Rando-philo
Entretien avec Pierre Madelin, traducteur, berger, guide de montagne et animateur des séjours "RandoPhilo" (La Balaguère/Wildproject)

 

L'été prochain, l'agence de voyages à pied La Balaguère, en partenariat avec Wildproject, proposera une nouvelle saison de séjours de "RandoPhilo", ces séjours de randonnée incluant une initiation à la philosophie sur des thèmes comme "la relation homme/nature dans la pensée occidentale", ou encore "les pensées orientales".

Rencontre et entretien avec Pierre Madelin, randonneur, voyageur et traducteur de Baird Callicott pour les éditions Wildproject, qui sera de nouveau en 2011 le guide et l'animateur des séjours "RandoPhilo".

 

Comment est née l’idée des randonnées philosophiques ?

Au printemps dernier, Vincent Fontvieille, qui dirige dans les Pyrénées l'agence de voyage à pied "La Balaguère", a souhaité mettre en place des semaines de randonnées qui s’accompagneraient d’une initiation à la philosophie.

Il a contacté Baptiste Lanaspèze, directeur des éditions Wildproject, pour concevoir et mettre en place le projet, qui m'a à son tour proposé d'inaugurer cette première saison. J’avais moi-même fait des études de philosophie, et je préparais alors un examen probatoire pour accéder à une formation d’accompagnateur en montagne. Et c’est ainsi que tout a commencé…

 

Comment s’organise la journée ?

Tout d’abord, précisons qu’il s’agit d’une semaine de six jours avec un groupe d’une dizaine de personnes. Cette semaine fonctionne comme une semaine de randonnée classique. Tous les matins, nous partons marcher en montagne pour la journée, avant de revenir à notre gîte. Pendant la pause du déjeuner, un participant lit un texte de son choix, littéraire ou philosophique. L’année dernière, par exemple, nous avons eu des lectures de Whitman, Camus, Elisée Reclus, Jim Harrison, Kerouac, etc. Autant dire que mon groupe avait bon goût !

Et le soir, on se repose de l'effort des jambes avec un effort de la tête! Je propose au groupe de petites conférences d’environ une heure, qui sont suivis d’échanges et de débats.

 


Séance de "RandoPhilo" dans les Pyrénées, été 2010.

 

Quelles thématiques abordez-vous ?

L’année dernière, nous avons abordé la question de l’homme et de la nature, qui se prête parfaitement bien au cadre de la montagne, et à laquelle je m’intéresse particulièrement.

J’ai tenté de retracer, de façon simple, l’histoire de l’idée de nature en Occident, en essayant de montrer aux gens comment la crise écologique, qui est une crise de notre rapport à la nature, avait de profondes racines dans l’histoire de la pensée occidentale. Puis j’aborde le champ de la philosophie de l’écologie contemporaine, l’éthique environnementale de Callicott, l’écologie profonde de Naess, la question de la nature sauvage… Enfin, je termine par une ouverture aux univers de pensée non-occidentaux, en m’appuyant sur les travaux de Philippe Descola.

L’an prochain, nous allons conserver cette thématique, qui me paraît absolument essentielle dans le cadre d’une semaine de randonnées. Mais nous allons également proposer une introduction aux grandes philosophies asiatiques : bouddhisme, taoïsme, hindouisme, etc.

 

Quel intérêt trouvez-vous à croiser marche et philosophie ?

Je vais vous répondre très simplement. Après une bonne journée de marche, vous êtes content d’avoir passé la des heures entières dehors, sous le soleil, le vent, la pluie. Vous avez affronté des problèmes très concrets et vous êtes ivre de fatigue.

Mais cette fatigue est bonne, cette fatigue est saine. Votre esprit est libre, et vous êtes tout entier attentif. C’est le moment idéal pour parler de philosophie et pour que tout le monde vous écoute. La randonnée philosophique est donc une très bonne occasion de créer un équilibre entre vie corporelle et vie intellectuelle.

"La marche est un exercice spirituel
qui nous permet d’entrer physiquement dans ce que Nicolas Bouvier appelle
la 'polyphonie du monde'."

 

Marche et philosophie, une tradition ancienne ?

Bien sûr! L’école péripatéticienne d’Aristote ne se nommait-elle pas déjà ainsi en référence à la marche? Et que dire de Rousseau, de Nietzsche, de Thoreau? Ils étaient tous de grands marcheurs.

Mais c’est en Asie qu’on trouve le rapport le plus intéressant entre marche et philosophie, chez un certain nombre de poètes, de penseurs et d’ermites. Les randonnées de Li Po, de Wang Wei et de Han Chan à travers les montagnes Chinoises, les pérégrinations de Bashô ou de Santoka à travers le Japon ont une fonction spirituelle essentielle. Le chemin physique et le chemin spirituel finissent pas s’y confondre, comme si la profondeur du soi ne pouvait pas se révéler ailleurs que dans l’étendue des sentiers. 

 

Quel rapport voyez-vous entre la philosophie de l’écologie et la marche ?

On a souvent dit que pour les Anciens, la philosophie n’était pas une approche purement intellectuelle ou théorique du monde, mais également une façon de transformer et d’intensifier notre rapport au monde. La philosophie était une manière de vivre, et elle s’accompagnait d’exercices spirituels.

Je crois que beaucoup de philosophes de l’écologie souhaitent renouer avec cette tradition, mais en dehors du cadre classique de la cité, en se tournant plutôt vers les forêts comme Thoreau, ou vers les montagnes comme Naess. Pour eux, la nature n’est pas seulement un objet de recherche théorique ; c’est l’espace le plus approprié pour bien vivre, pour se réaliser soi-même. Dans ce nouvel idéal philosophique, où il s’agit d’intensifier ses liens avec l’univers non-humain, la marche peut jouer le rôle d’exercice spirituel, car elle nous permet d’entrer physiquement dans la « polyphonie du monde », pour parler comme Nicolas Bouvier.

Lorsque nous marchons, nous ne nous contentons pas de concevoir le monde comme un immense réseau de relations (c’est une des idées majeures de la philosophie environnementale), nous l’éprouvons comme tel. On peut même aller plus loin, et décrire la marche comme un « yoga déambulatoire » (Kenneth White), un véritable exercice du souffle. Le lien entre la marche et philosophie de l’écologie est donc évident, et même primordial!

Wildproject, 2010

 

 

Présentation de RandoPhilo dans le Reader's Digest de mai 2010.

 

 

Les dates des séjours PhiloRando
en 2011

 

 

 

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From natural to human sciences, urbanism to contemporary art, wildproject is a journal of environmental studies grounded in environmental philosophy.

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